Un relevé pensé par des architectes pour des architectes
- agendarchitecture
- il y a 1 jour
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 6 heures
Après des années d’études, de procédures et d’attente, le chantier de rénovation et d’extension du Conservatoire royal de Bruxelles a enfin été lancé le mois dernier. Un projet d’envergure, piloté notamment par Origin Architecture & Engineering, A2RC Architects et FVWW Architectes, qui s’attaque à un ensemble patrimonial aussi emblématique que complexe.
Avant même les premières interventions sur le bâti, une étape déterminante a pourtant conditionné l’ensemble du projet : le relevé précis de l’existant. Sur un édifice de plus de 16 000 m², aux géométries multiples et aux états de conservation hétérogènes, cette phase constitue un véritable socle pour la conception.
Nous avons rencontré Jean-Patrick Marionex, fondateur de ARCHI-METRIC, en charge de ce travail minutieux, pour revenir sur les enjeux, les méthodes et les réalités concrètes du relevé d’un bâtiment hors norme.

Crédit photo : Isabelle Mertens
J’étais régulièrement confronté à des relevés réalisés par des géomètres qui ne respectaient pas toujours les conventions du dessin architectural, ce qui les rendait difficiles à exploiter dans un projet.
- Jean-Patrick Marionex, fondateur de ARCHI-METRIC

Pour commencer, pouvez-vous nous présenter votre parcours et la spécialisation de ARCHI-METRIC dans le relevé numérique du bâti existant ?
Je suis architecte de formation et j’ai fondé ARCHI-METRIC à Bruxelles en 2001.
Au début de ma carrière, en tant que jeune architecte, j’étais régulièrement confronté à des relevés réalisés par des géomètres qui ne respectaient pas les conventions du dessin architectural, ce qui les rendait difficiles à exploiter dans un projet.
C’est en partant de ce constat que j’ai développé une activité de relevé de batiments pensée par des architectes, pour des architectes, avec l’objectif de produire des documents directement utilisables dans des projets de rénovation, de transformation ou de régularisation.
Au fil du temps, nous avons intégré différentes technologies de mesure : d’abord théodolites laser, également appelés « les stations totales », ensuite les scanners laser 3D — que nous utilisons depuis quelques années — ainsi que les drones et la photogrammétrie pour les zones difficilement accessibles.
Malgré ces évolutions, notre objectif reste inchangé : fournir aux équipes de conception des données fiables, précises et immédiatement exploitables, afin qu’elles puissent travailler sur une base solide.
Vous avez réalisé le relevé du Conservatoire royal de Bruxelles, un bâtiment patrimonial extrêmement vaste et complexe. Quelles étaient les spécificités de cette mission par rapport à un relevé plus « classique » ?
Le Conservatoire est un ensemble particulièrement vaste — plus de 16 000 m² — et très complexe, avec de nombreux niveaux, plusieurs ailes et une grande diversité d’espaces.
À cette échelle, l’un des enjeux majeurs consistait à mettre en place une polygonale solide, c’est-à-dire un réseau de points de référence garantissant la cohérence et la précision de l’ensemble du relevé.
Certains espaces étaient fortement dégradés, ce qui nous a obligés à travailler avec beaucoup de précautions pour assurer la sécurité de l’équipe.
Le relevé s’est par ailleurs déroulé dans un bâtiment occupé. En tant qu’école de musique, le Conservatoire impose de composer avec la présence des étudiants et des professeurs, ainsi qu’avec la programmation de la salle de concert.
Cette dernière a d’ailleurs été l’un des espaces les plus marquants à relever, notamment en raison de sa géométrie complexe et de ses nombreux éléments courbes. Pour produire des coupes complètes, nous avons dû accéder aux combles difficiles d’accès et particulièrement complexes afin de documenter précisément la structure de la toiture.
Sur un bâtiment de cette échelle, comment prépare-t-on une campagne de relevé ?
La préparation est une étape déterminante sur ce type de relevé.
Avant de démarrer, nous avons effectué plusieurs visites sur site afin d’identifier les différentes zones et analysé l’ agenda de l’école. Cela nous a permis notamment d’anticiper les contraintes liées à l’occupation du bâtiment et d’intervenir au moment le plus opportun dans certains espaces.
Ces visites ont aussi permis de définir une stratégie de relevé cohérente, afin de garantir une couverture complète et logique du bâtiment.
Sur des opérations de grande ampleur, cette phase de planification est essentielle pour assurer la qualité et la cohérence des données produites.
Quels outils et technologies avez-vous mobilisés pour ce projet ?
Le relevé du Conservatoire a été réalisé en 2014. À l’époque, les scanners laser 3D n’étaient pas encore disponibles dans notre pratique.
L’ensemble de la mission a donc été réalisé à l’aide de stations totales, qui constituaient alors l’outil de référence.
Aujourd’hui, nous procéderions différemment. Nous utiliserions très probablement un scanner laser 3D pour générer un nuage de points dense, ainsi que des drones pour documenter certaines parties du bâtiment, notamment les toitures, via la photogrammétrie.
Dans la pratique, que livrez-vous aux équipes de conception ?
Dans la grande majorité des cas, ces équipes nous demandent de leur livrer des plans 2D vectorisés : plans d’étages, coupes et façades.
Certains bureaux nous demandent également le nuage de points. Toutefois, ce type de donnée reste relativement complexe à exploiter et nécessite des outils spécifiques ainsi qu’une certaine expertise.
Nous produisons aussi, à la demande, des maquettes BIM sous SketchUp, Archicad ou Revit. Ce type de mission est en progression, mais reste encore minoritaire, représentant à ce jour environ 5 % de notre activité.
Dans un projet comme celui-ci, comment vos données s’intègrent-elles dans le processus de conception ?
Les plans que nous livrons sont structurés par calques, selon une logique proche de celle utilisée par les bureaux d’architecture et d’ingénierie. Nous pouvons même utiliser la même structure de calque que celles de ces bureaux.
Cette organisation facilite leur intégration dans les environnements de travail existants et permet aux équipes de manipuler efficacement les différentes informations du bâtiment.e.
Avez-vous constaté des écarts entre les plans historiques et la réalité du bâtiment ?
Lorsque des plans d’archives sont disponibles (ce qui reste relativement rare) il arrive effectivement que nous constations des écarts avec la réalité.
Dans le cas du Conservatoire, nous n’avons pas observé de différences significatives.
Les éléments les plus intéressants concernaient plutôt la complexité géométrique de certains espaces, notamment la structure de la toiture au-dessus de la salle de concert ou encore ses balcons et leurs garde-corps, qui présentent des formes courbes assez élaborées.
Par ailleurs, nous n’utilisons jamais les plans d’archives comme base pour encoder nos relevés, afin de garantir une véritable valeur ajoutée.
Quelle précision est aujourd’hui attendue pour ce type de projet ?
Nous outils de mesures garantissent un niveau de précision de l’ordre du millimètre. Maus les bureaux avec lesquels nous travaillons attendent généralement une précision de l’ordre du centimètre, avec un niveau de détail correspondant à une échelle de 1/50e.
Dans notre approche, nous ne cherchons pas à arbitrer entre précision, temps de relevé et volume de données. Nous maintenons un niveau d’exigence constant, quelle que soit la taille ou la complexité du projet.
Cela implique de prendre le temps nécessaire pour relever correctement l’ensemble du bâtiment, sans compromis. C’est cette rigueur qui permet aux architectes de travailler sur des bases fiables, y compris dans les détails les plus fins.
Comment ce métier a-t-il évolué ces dix dernières années ?
L’évolution a été avant tout technologique.
L’arrivée des scanners laser 3D et des drones a profondément transformé les méthodes de relevé, notamment pour documenter rapidement des géométries complexes ou des zones difficiles d’accès.
En revanche, dans le domaine de la rénovation, la transition vers la modélisation 3D reste progressive. Contrairement au secteur du neuf, les plans 2D restent aujourd’hui largement majoritaires.
Dans notre activité, les maquettes 3D représentent environ 5 % de la production. Dans certains cas, il est d’ailleurs plus pertinent que les bureaux réalisent eux-mêmes leur modélisation à partir de nos plans 2D, en fonction de leurs propres méthodes de travail.
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans ce projet ?
Deux éléments m’ont particulièrement marqué.
D’une part, la salle de concert, qui constitue un espace remarquable, à la fois par sa qualité architecturale et par la complexité de sa géométrie.
D’autre part, les façades, notamment celles situées rue de la Régence et du côté du Petit Sablon, qui participent pleinement au caractère monumental du bâtiment.
Travailler sur un édifice de cette ampleur permet d’en découvrir les moindres détails, ce qui reste une expérience particulièrement enrichissante.
ARCHI-METRIC
Mobile : 0475 37 36 55
Tél : 02 318 07 08
![[Agendarchitecture] Logo sans fond.png](https://static.wixstatic.com/media/03d954_9531092d77f744068dd70c0c0e8ceb2f~mv2.png/v1/fill/w_600,h_243,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/%5BAgendarchitecture%5D%20Logo%20sans%20fond.png)








