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Et maintenant qu'on sait, que fait-on ?

1 sept.
12 min de lecture

À l’heure où les épisodes de chaleur extrême et la succession de catastrophes - sécheresses, inondations, incendies… rendent le changement climatique de plus en plus tangible, réduire notre impact ne suffit plus.


Sebastian Moreno-Vacca défend une idée simple : l’architecture doit désormais être capable de rendre son environnement meilleur. Autrement dit, de le régénérer.



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Sebastian Moreno-Vacca, fondateur de A2M

Avec les canicules de cet été, cela devient très concret pour tout le monde : on ne peut plus continuer à bâtir comme avant.

- Sebastian Moreno-Vacca, architecte et fondateur de A2M


Vous m’avez dit récemment, à propos des épisodes de canicule : « Maintenant, ça va devenir très concret pour tout le monde : on ne peut plus continuer à bâtir comme avant. » Qu’est-ce que ces épisodes de chaleur changent concrètement dans notre manière de concevoir ?


Ils changent d’abord une chose très simple : le climat n’est plus une donnée extérieure au projet. Il devient un matériau de projet. On dessine avec le soleil, le vent, l’eau, l’ombre, la végétation, l’albédo, l’effusivité, l’évapotranspiration, la brise urbaine, comme on conçoit avec le bois, la pierre ou l’acier ou sur base de concepts formelles, géométriques, programmatiques…


Olivier Hamant dit que nous avons quitté « le monde des moyennes » pour entrer dans celui des fluctuations et des extrêmes . C’est exactement cela. Une année climatique moyenne qui sert encore de référence à beaucoup de projets décrit de moins en moins le monde dans lequel le bâtiment doit fonctionner dorénavant. Nous simulons donc le climat d’aujourd’hui, mais aussi celui de 2050, 2060 ou 2080. À Bruxelles, les projections nous rapprochent de conditions que l’on trouve aujourd’hui en Italie centrale.


40 °C n’est plus un scénario de science-fiction. C’est une donnée de conception. Et le plus ironique, c’est que nous disposons de beaucoup plus d’outils pour savoir précisément ce qui va se passer : nous avons donc beaucoup moins d’excuses pour continuer comme avant.


Et il y a tout le reste qui change aujourd’hui notre perspective. Les tensions géopolitiques, notamment autour du détroit d’Ormuz, nous rappellent brutalement notre dépendance énergétique, tandis que la contraction de l’approvisionnement pétrolier européen, amorcée depuis 2007, devient structurelle. Des solutions architecturales longtemps regardées comme appartenant « au Sud », développées bien avant la généralisation de l’air conditionné — ombre, inertie, ventilation naturelle, patios, protections solaires — redeviennent soudain extrêmement contemporaines sous nos latitudes.


Crédit photo : NormaImage


Le discours environnemental a énormément évolué. Mais les bâtiments ont-ils changé aussi vite ?


Non. Les mots ont probablement changé plus vite que les bâtiments. On a eu écologique, durable, green, bas carbone, circulaire, résilient… La planète, elle, ne semble pas particulièrement impressionnée par notre vocabulaire.


Et il y a aujourd’hui une autre facilité qui m’agace : certains architectes découvrent le réemploi, ou le « déjà-là » et le présentent presque comme une réponse suffisante. Évidemment qu’il faut conserver, transformer et réemployer chaque fois que cela a du sens. Mais conserver un bâtiment énergivore et s’arrêter là n’est pas une stratégie environnementale. C’est parfois simplement conserver et contribuer à aggraver le problème.


Le carbone incorporé des matériaux représente, selon les périmètres et les typologies, de l’ordre d’un quart à un tiers des émissions du cycle de vie du bâtiment ; environ 32 % en moyenne, l’opérationnel restant majoritaire. Se focaliser uniquement sur la matière parce qu’elle est visible, et oublier l’énergie, le climat, le confort futur, l’eau ou la biodiversité, c’est avoir une vision extraordinairement partielle du problème. Le « déjà-là » est un point de départ, pas une panacée.


Un bâtiment peut donc être certifié, bas carbone, couvert de technologies et rester une aberration. Et inversement, conserver à tout prix un bâtiment qui continuera pendant cinquante ans à gaspiller de l’énergie peut être tout aussi irresponsable. La vraie question n’est ni « neuf ou existant ? », ni « quel label? ». C’est : quel scénario permet de régénérer l’environnement ou qui, au lieu de produire le moins de dommages permet le plus d’effets positifs sur l’environnement, et surtout sera robuste pour résister aux fluctuations à venir?


La performance ne garantit pas la pertinence. Mais la conservation non plus.

Selon l’UNEP, il y aurait environ 1.5 milliard de bâtiment sur terre. Le bureau d’ingénieurs du climat TransSolar publie sur leur site que seulement 2% des bâtiments sur terre seraient dessinés par un architecte et qu’une extrêmement faible proportion de ceux-ci sont « durables »… Si on attribue à un architecte lambda environ 30 à 40 projets le nombre qu’il pourra réaliser durant sa vie, on comprend bien que le développement durable tel que défini depuis 1992 ne suffit plus.


Et cette situation va s’aggraver. 80% des bâtiments existant aujourd’hui seront encore utilisés en 2050. Et quand on voit l’état du stock existant… Pour faire face à notre croissance, la quantité mondiale d’immeubles doit quasi doubler dans les quarante prochaines années. Ce sera l'équivalent de la superficie de New York qui devra être construite, chaque mois, pendant 40 ans. Et les trois quarts des infrastructures restent encore à construire d’ici à 2050.


Et pourtant, face à ces constats, on assiste à une véritable « tragédie des horizons, à une incroyable myopie de notre secteur », celui de l’Architecture, du bâtiment….

Bref, une vie (d’architecte) pour environ trente bâtiments, face à plus d’un milliard et demi d’immeubles existant sur terre, « et moi, et moi, et moi » chantait Jacques Dutronc.


Avant de se demander comment construire, faut-il se demander ce que notre intervention peut améliorer, et parfois décider de ne pas construire ?


Bien sûr. Mais je ne crois pas pour autant au slogan selon lequel « le meilleur bâtiment est celui qu’on ne construit pas ». Ce serait déjà un peu embêtant pour un architecte… et surtout ce n’est pas toujours vrai.

La première question devrait plutôt être : qu’est-ce qui sera meilleur après notre intervention qu’avant ?


Parfois, la réponse sera de ne rien construire. Très souvent, elle sera de transformer, réutiliser, densifier ou réparer l’existant. Mais construire peut aussi désimperméabiliser un sol, restaurer le cycle de l’eau, ramener de la biodiversité, refroidir un microclimat, produire de l’énergie renouvelable ou créer de nouveaux usages et de nouvelles coopérations.


C’est là que le régénératif change la question. On ne demande plus seulement : « combien de dégâts avons-nous évités ? », mais : « qu’avons-nous réparé, restauré, amélioré, soit, régénéré? »


Notre conception du confort à 21 ou 22 °C est-elle devenue écologiquement absurde ?


Ce qui est absurde, c’est d’avoir confondu confort et température constante.

Pendant des millénaires, l’architecture a créé le confort par l’ombre, l’inertie, la ventilation, l’eau, les patios, la végétation, le mouvement de l’air. Puis nous avons inventé le radiateur et l’air conditionné et décidé qu’un intérieur devait rester pratiquement identique quelle que soit la température extérieure.


Philippe Rahm rappelle que la raison même de l’architecture est climatique : créer une atmosphère habitable pour le corps humain. Le confort dépend de la température de l’air, mais aussi du rayonnement, de l’humidité, de la vitesse de l’air, de l’effusivité des matériaux, de nos vêtements et de notre activité.


On pourrait presque dire que nous avons arrêté de dessiner le climat intérieur parce que nous avions trouvé une machine pour le faire à notre place. Il faut évidemment garantir le confort. Mais par l’architecture d’abord, par la technique ensuite.


Qu’est-ce qu’un bâtiment peut réellement régénérer ?


Beaucoup plus de choses qu’on ne l’imagine, à condition de ne pas réduire le régénératif à mettre trois arbres sur un rendu.


Pour nous, il y a trois piliers avec lesquels chaque projet doit travailler : le climat, la nature et les personnes. Régénérer le climat local, c’est réduire l’îlot de chaleur, créer de l’ombre, utiliser la convection et l’évapotranspiration, mobiliser les flux renouvelables. C’est Concevoir « avec » le climat, comme outil de design, et proposer ainsi des environnements capables de maintenir l'habitabilité dans un monde de fluctuations climatiques. Régénérer la nature, c’est restaurer les sols, le cycle de l’eau, la biodiversité, réduire l’extraction de ressources et réemployer. Régénérer pour les personnes, c’est produire de la santé, du bien-être, de l’inclusion, de la coopération et de la communauté.


Charlène Descollonges montre à quel point nous avons perturbé le cycle de « l’eau verte », celle qui reste dans les sols et la végétation et participe directement au fonctionnement des écosystèmes. Un projet peut très concrètement contribuer à le restaurer.


J’aime beaucoup la manière dont Franck Boutté l’explique à l’échelle du territoire : les systèmes naturels fonctionnent dans la continuité, l’eau, le vent, les sols, les écosystèmes, alors que l’urbanisation a surtout créé des discontinuités. Régénérer, c’est donc aussi réparer les continuités que nous avons interrompues : permettre à l’eau de retrouver le sol, au vent de traverser la ville, au vivant de circuler. Boutté parle de créer de la « non-discontinuité » .


C’est finalement une bonne définition du régénératif : le bâtiment n’est plus un objet isolé qui réduit ses impacts ; il devient un moyen de reconnecter des systèmes et de restaurer leurs interactions.


Et il y a une autre continuité à retrouver : celle entre l’architecture et son « non-texte » (en opposition au « contexte »). Dans sa thèse de doctorat, Lieven Nijs utilise cette notion pour désigner tout ce qui participe réellement au projet sans appartenir au récit architectural explicite. Autrement dit, ce que l’architecture ne dessine ou ne nomme pas nécessairement, mais qui agit sur elle.


Cela devient particulièrement intéressant aujourd’hui : le contexte d’un bâtiment, ce n’est plus seulement la rue, l’histoire, les voisins ou le paysage visible. C’est aussi le vent, l’albédo, le rayonnement, l’humidité, les mouvements convectifs de l’air, l’eau dans le sol, les cycles biologiques… Tout ce “non-texte” que nous avons longtemps laissé hors du projet doit redevenir matière d’architecture.


Et finalement, cela rejoint Boutté : régénérer, c’est aussi rétablir des relations que l’architecture avait cessé de voir.


Un bâtiment ne doit donc plus seulement essayer d’être moins mauvais. Il peut devenir un agent positif du système dans lequel il intervient.



L’architecture régénérative est-elle aujourd’hui reproductible à grande échelle, ou sommes-nous encore au stade des projets pionniers ?


Si demain un promoteur vous demande : « Très bien, je veux un bâtiment régénératif, mais sans augmenter mon budget », que lui répondez-vous ?


Je répondrais au promoteur : heureusement, parce que moi non plus je ne veux pas augmenter son budget.

Le régénératif ne consiste surtout pas à ajouter une couche « écologique » au bâtiment : plus de technologies, plus de matériaux, plus d’équipements et donc plus d’argent. Il faut au contraire remettre en question les besoins, les surfaces, la quantité de matière, les systèmes, ce qui existe déjà et les interactions possibles avec le territoire.


Or, un projet régénératif ne peut pas résulter d'une énième juxtaposition de performances en plus. Il doit être pensé comme un système cohérent.


Nous avons vécu exactement la même discussion avec le standard passif il y a vingt ans : « très intéressant, mais trop cher ». Puis la Région Bruxelloise est devenue la premières régions au monde à le généraliser. Sur cette base, le programme européen PassReg a documenté qu’il pouvait être réalisé sans surcoût systématique, sans limitation d’affectation ou de design.


Le régénératif doit suivre le même chemin : sortir du prototype héroïque pour devenir une méthode de conception. Si l'architecture régénérative veut devenir autre chose qu'une ambition ou un idéal, elle doit devenir une méthode de conception. Le développement de cette méthodologie originale s’est matérialisé en un Compass, qui, au-delà d’une synthèse de références reprises ci-dessus et nourri par la recherche est éprouvé par vingt-cinq ans de pratique architecturale de projets réels. Ce n’est pas un label, il y en a déjà largement assez. Nous ne croyons pas que l'architecture se résume à satisfaire une liste de critères. Nous pensons qu'elle naît d'un dialogue permanent entre le climat, le vivant et les sociétés humaines.


Le secteur propose sans cesse de nouvelles solutions : pompes à chaleur, smart buildings, façades intelligentes, capteurs, systèmes automatisés…


Est-ce que nous essayons parfois de réparer par la technologie des problèmes que l’architecture pourrait résoudre beaucoup plus simplement ?

Et paradoxalement, avons-nous besoin de davantage de technologie pour concevoir des bâtiments qui en nécessitent moins pour fonctionner ?

Et concrètement, comment un projet architectural peut-il restaurer plutôt que simplement préserver les écosystèmes dans lesquels il s’inscrit ?


Je ne suis absolument pas anti-technologie. Au contraire : nous utilisons de la « technologie » pour essayer d’en avoir besoin de moins dans le bâtiment final.


Nous simulons le soleil, la lumière naturelle, le vent, les températures, le confort extérieur, l’UTCI, parfois jusqu’aux mouvements convectifs de l’air, précisément pour savoir où planter un arbre, dimensionner une protection solaire, ouvrir une façade ou orienter une rue, adapter des matériaux selon leur effusivité, leur albedo pour concevoir un confort intérieur, etc.


Le paradoxe est assez joli : plus notre simulation devient sophistiquée, plus la solution peut devenir simple.

Le problème n’est donc pas la technologie. Le problème, c’est lorsqu’une machine vient corriger pendant cinquante ans une erreur que le dessin aurait pu éviter dès le premier jour. Et l’histoire est pleine de solutions très low-tech et extrêmement intelligentes : inertie, ventilation naturelle, évaporation, patios climatique, Keyline Design… Philippe Rahm concluait son interview décrivant l’exposition qu’il co-organisé à propos d’une France potentiellement amenée à atteindre +4°C, ainsi : «la réactivation de ces dispositifs, dont certains encore massivement utilisés, dans des contraintes nouvelles peuvent être considérées comme des incitations à un renouvellement général des formes architecturales… ».


On a des milliers de bâtiments dans le monde présentant des caractéristiques régénératrices et nous devons les déployer à des milliards. Particulièrement issus d’endroits subissant déjà traditionnellement des problèmes climatiques, datant d’avant les énergies fossiles en surabondance. Philippe Rahm résumait ainsi l’exposition qu’il co-a organisée à propos d’une France potentiellement amenée à atteindre +4°C, ainsi : «la réactivation de ces dispositifs, dont certains encore massivement utilisés, dans des contraintes nouvelles peuvent être considérées comme des incitations à un renouvellement général des formes architecturales… ».


Certaines ont simplement été oubliées parce que l’énergie fossile était devenue tellement abondante qu’il semblait plus simple d’appuyer sur un bouton.


Les fabricants de matériaux et de solutions techniques communiquent énormément sur leurs engagements environnementaux. Le secteur industriel change-t-il réellement aussi vite que sa communication le laisse entendre ?


Certains, oui, énormément, et il faut le reconnaître. Mais le risque est de croire que changer le produit suffit à changer le système. Comme si une « transition » était concevable…


Jean-Baptiste Fressoz montre dans Sans transition que, historiquement, les nouvelles sources d’énergie n’ont pas remplacé les anciennes : elles se sont surtout additionnées. Je crains parfois que nous fassions la même chose avec les matériaux : béton « bas carbone », acier « vert », bois, biosourcé… mais toujours davantage de matière et toujours davantage de mètres carrés.


La vraie question n’est donc pas seulement « avec quoi construire ? », mais « combien faut-il construire, que peut-on conserver, transformer, démonter et réutiliser après nous ? ».


Le meilleur matériau bas carbone reste parfois celui qui est déjà là. Mais - et c’est important - cela ne signifie pas que le bâtiment qui l’entoure est automatiquement une bonne réponse. Encore une fois, le réemploi est un outil. Pas une absolution.


Vous enseignez l’architecture depuis plus de 18 ans. Si vous aviez aujourd’hui 20 ans et que vous commenciez vos études d’architecture, qu’est-ce que vous apprendriez en priorité que l’école ne vous enseignerait peut-être pas suffisamment ?


Formons-nous encore les étudiants à concevoir pour un climat qui n’existe déjà plus ?


Oui, en partie. Et c’est probablement l’un des problèmes les plus urgents de l’enseignement. Mais cela pose également la question de la formation continuée qui n’est toujours pas obligatoire dans notre secteur. Comment est-il possible de permettre encore aujourd’hui qu’un architecte puisse dessiner un projet comme il y a cinquante ans avec un peu d’isolant par ci, par là… On assiste à une véritable « tragédie des horizons, à une incroyable myopie de notre secteur ».


Nous continuons à apprendre énormément de choses indispensables : espace, structure, matière, histoire, composition. Mais un étudiant devrait aujourd’hui comprendre l’albédo, l’émissivité, l’effusivité, le rayonnement, la convection, l’évapotranspiration, le cycle de l’eau ou la biodiversité aussi naturellement qu’il comprend une coupe ou une façade. Ce sont devenus des matériaux d’architecture.


Si j’avais vingt ans aujourd’hui, j’apprendrais évidemment à dessiner, mais j’apprendrais aussi à simuler. Pas pour laisser un logiciel concevoir à ma place : exactement l’inverse. Pour rendre visibles des phénomènes invisibles et pouvoir ensuite dessiner avec eux.


Le contexte d’un projet n’est plus seulement la rue, le voisin, l’histoire ou le règlement. C’est aussi le climat qui sera là dans trente, cinquante ou quatre-vingts ans.


Et pourtant on assiste, heureusement, depuis quelques années, à des émergences de ce nouveau monde, ce monde de fluctuations, d’initiatives, souvent venant de ceux qui sont au premier rang de ces fluctuations, qui les subissent. Ceci est tout récent. Ils ont déjà du inventer des « mondes robustes ». Ils sont à la marge. Et cette marge est en train de déjà contaminer le cœur. Cela se traduit également dans une motivation, de l’envie d'apporter quelque chose de nouveau ou de valorisant à, et dans un environnement. En témoigne les derniers TFE que je supervise ces derniers temps à l’ULB.


Après plusieurs semaines à plus de 35 °C à Bruxelles, qu’est-ce qui nous paraîtra complètement aberrant dans ce que nous construisons aujourd’hui ?


Probablement beaucoup de choses que nous considérons encore comme normales.

Des façades entièrement vitrées exposées au soleil. Des appartements mono-orientés impossibles à ventiler naturellement. Des rues minérales sans ombre. Des toitures sombres. Des sols imperméables qui évacuent immédiatement l’eau de pluie. Des arbres considérés comme décoration plutôt que comme infrastructure climatique. Et des bâtiments dépendants de machines pour rester habitables.


Ou tout simplement le traitement de ces projets comme si on était encore dans une « ville du nord », alors que, selon les données du GIEC, les zones climatiques se déplacent vers le nord d'environ 11 km par an, soit environ 1,3 mètres par heure, en raison du réchauffement climatique.


Nous regarderons peut-être cela comme nous regardons aujourd’hui certaines voitures des années 1970 consommant vingt litres aux cent : « Savaient-ils vraiment ? »


Oui. Nous savions.

Le GIEC nous le dit, les limites planétaires nous le disent, les simulations nous le montrent et désormais notre propre corps nous le rappelle pendant les canicules. Rockström décrit la sortie progressive du corridor de stabilité de l’Holocène ; Hamant parle du passage du monde des moyennes à celui des fluctuations.


La question n’est donc peut-être plus « que fallait-il faire ? », mais celle de Drew Dellinger qui traverse le manifesto sur l’architecture régénérative nous publions début 2027: « What did you do once you knew? »


Qu'as-tu fait quand tu l'as su ?


Propos recueillis par Lydie Claire pour Agendarchitecture.

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